Démokratia / Accueil / Ses parrains / Lettre de Claude Villeneuve à Démokratia
Chicoutimi le 5 octobre 2005
Monsieur Denis Trottier,Président du Mouvement Demokratia
Cher Denis,
Le regretté professeur Francesco di Castri identifiait l’empowerment comme une des clés du développement durable des communautés.
Ce terme, qui n’a pas d’équivalent en Français et dont la traduction approximative nous donne autonomisation, signifie qu’il faut donner la possibilité aux populations locales la force de croire en elles-mêmes àleur capacité de maîtriser leur devenir avec les outils à leur disposition et au premier chef leur culture. Le mouvement Demokratia, dont vous annoncez aujourd’hui l’orientation s’inscrit tout à fait dans la réalisation de cette condition.
On a trop souvent confondule développement durable avec la protection des ressources naturelles ou leur utilisation raisonnée alors que ce sont les ressources humaines qui sont le vrai moteur du développement. C’est l’inventivité, la créativité et le travail des gens sur le terrain qui fait émerger de nouvelles façons de voir et de faire. C’est l’engagement d’une personne envers son milieu qui lui permet de se dépasser et de contribuer à l’avancement de sa communauté. Voilà des réalités qu’on tend trop souvent à oublier et que la télévision ne prend pas la peine de nous rappeler. Cette réalité est pourtant à la source de la diversification, deuxième condition de durabilité.
Finalement, la connectivité, cette faculté de dialogue avec l’autre, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs de la MRC voisine ou de la culture autochtone trop souvent ignorée, la capacité d’apprendre à tout âge et de savoir dire ses projets, ses angoisses, ses aspirations, de montrer son respect et de gagner celui de l’autre, de comprendre ses racines à travers l’histoire, constitue la troisième condition sans laquelle aucun développement ne pourrait être durable,
Ces trois conditions se retrouvent au sein du mouvement que vous lancez aujourd’hui. Orienté vers la cohésion des communautés, la décision collective et le refus de ce qui peut paraître inéluctable dans un monde de plus en plus centralisé où le pouvoir se concentre entre les mains de quelques élites, le mouvement Demokratia sera une expérience à suivre et à encourager. Il représente une chance réelle pour les gens qui y croiront de maîtriser leur avenir au lieu d’en être simplement les victimes.
Le professeur di Castri aimait profondément Péribonka et les habitants de cette région. En 1948, il quittait sa Venise natale pour faire son premier tour du monde. Sa première destination fut Péribonka. Il y est revenu bien des fois depuis et il serait heureux aujourd’hui de voir que les gens d’ici ont compris le sens de ses recherches et de son engagement. Longue vie à Demokratia!
Claude Villeneuve
Directeur de la Chaire de recherche et d’intervention en Éco-Conseil